ROMAIN PELLAS

2. Textes

François Durif.  Texte sur    » + –  »  2014, exposition, Villa Noailles centre d’Art, Hyère, France

Suivre l’œuvre de Romain Pellas, c’est accepter de se perdre, et en même temps, c’est se retrouver en
terrain connu, bien qu’à chaque fois retourné, chamboulé. Un chantier en cours, un chantier à
l’arrêt. Car, le difficile, pour l’artiste, c’est toujours de savoir à quel moment s’arrêter – quel
moment précis prélever dans les flux de temps qui le traversent. Cela suppose de sa part une
succession de décisions, un programme qu’il s’invente et qu’il n’est pas tenu de respecter. Avec, à
chaque fois, le sentiment de reprendre tout du début, bien qu’une vision intérieure préside le plus
souvent à la mise en œuvre. C’est persévérer, et en même temps, c’est préserver la force du
commencement, l’inquiétude propre au commencement. C’est ce qui en fait sa beauté. Ce qui
inquiète la forme, c’est aussi ce qui la rend vitale. C’est ce qui frappe devant le travail de Romain
Pellas : sa vitalité, un excès de vitalité qui organise et désorganise la forme. Quelque chose
d’organique, de proliférant, qui évoque la patience des végétaux, telle qu’elle est décrite par Francis
Ponge : Le temps des végétaux se résout à leur espace, à l’espace qu’ils occupent peu à peu, remplissant un
canevas sans doute à jamais déterminé. (…) Comme le développement des cristaux : une volonté de
formation, et une impossibilité de se former autrement que d’une manière.
Le travail « + – » s’inscrit dans ce double mouvement : une construction suspendue, comme en
apesanteur, dans l’enceinte d’un pigeonnier dont les parois sont striées par des néons verticaux qui
altèrent la vision de la structure centrale. Une façon de cadrer le regard, tout en creusant cette
tension entre monstra et astra, entre agglomérats de formes plus ou moins identifiables – bris de
jouets, jeux de constructions – et vibrations lumineuses qui obligent à une perception progressive
de l’ensemble.
Aussi Romain Pellas oscille-t-il entre l’énergie féroce de l’enfant qui casse ses jouets – s’en détourne
pour s’emparer d’objets trouvés et autres rebuts plus à même de répondre à son désir fébrile de
construire – et la volonté toujours renouvelée de former un tout, une entité autonome qui flotte
entre deux nappes de sensations. Un travail de l’imagination qui exclut tout sentiment de maîtrise,
expulse scories et pépites, au fur et à mesure qu’il se déploie dans l’espace alentour.
C’est en saisissant la force diagonale que l’artiste aux aguets s’approche le mieux de sa région vitale,
du noyau dur de son travail.
François Durif

Dirk Teuber, Texte du catalogue de l’exposition « Zone d’Activités », Rastatt, Allemagne

« Gulliver au pays des lilliputiens. La noblesse de la salle restitue encore l’atmosphère de la représentation et du pouvoir féodal, malgré sa proximité qui la liait avec la résidence des margraves du pays de Bade, elle faisait office d’écurie. Entre ses murs s’étend la maquette d’une ville d’une hauteur déterminée et dont les matériaux et les formes indéterminées font écho à une réflexion aux facettes multiples. Avec un certain recul on embrasse du regard les rues et les places de cette ville dont les bâtiments et les fabriques renvoient à des raffineries et des usines chimiques. On se rêve dans ces rues où des gens flânent et se hâtent d’édifice en édifice. Autoroutes urbaines recouvrent des quartiers entiers qui se donnent comme autant de centres logistiques, de zones industrielles et de pôles administratifs ou commerciaux. Ce n’est pas la maquette d’une ville existante, mais celui d’une occupation au sol déterminée par une architecture fictive. Une « Zone d’Activités ». »

Le langage des flux, Fabrice Hergott

« Les constructions que Romain Pellas réalise depuis un peu plus d’une dizaine d’années sont toutes faites à partir d’éléments de récupération. Ce sont des chutes de bois trop petites ou de trop mauvaise qualité pour rester dans un circuit d’objets d’usage et commercialisables. Leurs dimensions ne permettent plus d’être utilisés pour l’industrie, l’artisanat ou même pour cette forme d’artisanat domestique non rémunérée qu’est le bricolage. L’artiste les choisit parce qu’un objet hors d’usage n’a pas ou peu de valeur économique, lui permet ainsi de mieux gérer la viabilité de son œuvre tout en situant ses œuvres en retrait des autres formes construites. Cette position matérielle existe depuis les œuvres Dada de Arp, Schwitters puis Rauschenberg, mais elle n’avait jamais pris cette forme de construction mi-hasardeuse mi-planifiée. Le « Merzbau » de Schwitters répondait à une logique d’accumulation et de variété sans fin. Ici nous sommes en présence de constructions où le hasard semble déterminant dans l’élaboration mais prend fin dès qu’est franchie la limite que l’artiste s’est imposée. »

Entretien entre Elisabeth Lebovici et Romain Pellas, exposition Espace des arts Colomiers, Juin 2007.

Au départ, quand j’ai commencé “Le Village”, en 1977 dans le jardin familial, alors que je n’avais pas la moindre idée que j’allais être artiste, j’avais le désir de placer quelque chose d’artificiel dans une situation
réelle, donc l‘extérieur, donc la nature, donc la rue… À chaque fois cette situation entraînait une lutte continue contre la pluie, le vent, l’eau, l’humidité ou la pourriture. L’éphémère m’intéresse, bien sûr,
comme limite. Si je fais des choses dans l’atelier pour les mettre dans la rue, je ne choisis pas du tout l’endroit, et plus c’est dangereux, plus ça me plaît. Ce qui ne m’empêche pas de prendre des photos,
de filmer ce que j’ai fait avant de démonter le travail. Je choisis de ne pas laisser s’autodétruire les éléments que j’ai placés dehors. De sorte que mon travail, qui, à mon sens, tire sa fragilité de sa force – ou sa force
de sa fragilité toujours les deux en même temps – peut être considéré comme résistance à l’éphémère »

PDF Catalogue d’exposition Romain Pellas, Espace des arts Colomiers, 2007

PRESSE

Le journal des Arts, avril 2004

le journal des arts

Libération, janvier 2003

Liberation

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